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Il a vingt-cinq ans et il est malade.
D’un mal hérité du siècle dernier, qu’on voulait avoir éradiqué si fort qu’on en a longtemps ignoré les symptômes.
Il ne se souvient pas quand ça a commencé. Le portait-il en lui depuis la naissance ? Ou s’est-il déclaré à la première main arrachée ? Aux premiers enfants électrocutés ?
Aujourd’hui, dès qu’il s’enfonce deux doigts dans la gorge, il vomit des seaux de bile brune. Les médecins lui ont menti.
Il est venu les voir avec ses travailleurs pauvres, ses ados qui dorment dans la rue, ses familles échouées sur des fils barbelés. Ils lui ont dit : « C’est normal. » Il lui ont dit : « C’est bien. »
Il a montré l’activité de ses anticorps, la solidarité dans une vallée du sud-est de la France, les jeunes qui veillaient la démocratie à Paris, les millions de personnes qui défilaient dans les rues. Ils lui ont dit : « C’est un crime. »
Ils lui ont donné des médicaments pour étouffer les anticorps. On est mort sous les coups rue Caumartin. On est mort écrasé à Beaumont-sur-Oise. On est mort étouffé sur le quai Branly.
Quand il a fait une réaction impossible à ignorer, parce qu’elle était jaune fluo et omniprésente, les médecins se sont affolés.
Ils lui ont administré un traitement brutal pour museler les symptômes. Mais ça n’a pas marché. Ils l’ont violenté jusque dans l’océan pacifique, mais ça a recommencé. Ils ont continué à tuer des adolescents en plein jour, et ça n’a fait qu’agraver l’inflammation.
Aujourd’hui, il se regarde dans la glace et il ne se reconnaît plus. Il n’arrive plus à distinguer le faux du vrai. Le droit à se défendre du génocide. Le risque mortel pour l’économie d’une timide tentative de justice sociale. La défaite d’une victoire.
Mais il n’est pas encore mort.
Il a vingt-cinq ans, il est malade, mais au creux de ses tripes s’agite toujours la rage qui finira par expurger la bile brune.